La véritable histoire d'un bateau de légende

Sommaire

La campagne d’Egypte
[1798-1800]


Le règne de Méhémet-Ali
[1800-1847]


Le développement de l’Egyptologie
[1820-1860]


Le Canal de Suez
[1869-1880]


L’ère Cook du voyage sur le Nil
[1877-1950]


Une croisière sur le Nil à la Belle Epoque

Le Sudan redécouvert par Voyageurs du Monde
[2000…]



La carte des étapes de la croisière sur le Nil

La campagne d’Egypte
[1798-1800]


L’histoire des vapeurs sur le Nil commence le 2 juillet 1798. Ce jour-là, 35 000 hommes de troupe débarquent à Aboukir. La campagne d’Egypte commence.

Ce jour-là, l’Egypte n’est rien, qu’une colonie lointaine de l’Empire ottoman, peu dirigée par un gouverneur soumis au pouvoir militaire des Mamelouks. Ainsi appelle-t-on des mercenaires qu’Istanbul confine en Egypte afin de ne pas avoir à les contrôler.

Plus importants que les soldats sont les 137 savants que Napoléon a emmené avec lui : auprès de gloires acquises comme Monge ou Berthollet, quelques dizaines de jeunes loups de la science, tel Dominique Vivant-Denon qui fut à la fois le créateur de l’égyptologie et le premier organisateur du Louvre. Cette poignée d’intellectuels va brosser le premier tableau complet de l’Egypte, lever des cartes, planifier une administration. En quelques mois, l’Egypte va rentrer dans son siècle.

Le 22 juillet 1798, c’est la victoire des Pyramides. Défaits, les Mamelouks fuient le long du Nil. Desaix, le brave Desaix, se lance à leur poursuite avec ses hussards En quelques jours, les Français remontent jusqu’à Karnak. Sur le Nil, alors, il n’est que quelques felouques, semblables à celles qu’on voit encore aujourd’hui au Caire et des chalands halés à la main. Avec Desaix, Vivant-Denon. Le savant chevauche avec les hussards, son carnet de notes à la main. Tandis que les troupes bivouaquent, il dresse le relevé du temple de Karnak. Les hommes, pendant ce temps, laissent des traces encore visibles : Karnak recèle quelques beaux graffiti avec les noms des soldats de Desaix. Les visiteurs se demandent parfois pourquoi les Français ont gravé leur nom si haut sur les murs. L’explication est simple : Karnak était en ruines et les noms gravés sur des pierres tombées à terre. Quand le temple a été restauré, les pierres ont retrouvé leur place originelle, en haut des murs.

Bonaparte se prenait pour César. Tout en guerroyant contre les Turcs, il s’occupait d’administration, jetait les bases d’un réseau routier, faisait étudier le Nil, construisait des moulins et des stations de pompage, planifiait l’agriculture. Les savants travaillaient et pas seulement sur l’histoire : Berthollet améliorait les teintures, Monge faisait de la topographie… Un marin grec, Nicolas Papas Oglou, a été nommé pour diriger la police fluviale chargée d’assurer la sécurité sur le Nil. Quand Napoléon embarque pour la France, fin 1799, il laisse à Kléber ce qui pourrait passer pour un embryon de colonie. Il lui laisse surtout une kyrielle de jeunes ingénieurs bien décidés à appliquer à l’Egypte les principes des Philosophes.
L’assassinat de Kléber va propulser au poste de gouverneur de l’Egypte un homme curieux : Jacques Menou, général de brigade, marié à une égyptienne et converti à l’Islam sous le nom de Abdallah. Menou n’hésite pas à nommer des musulmans à des postes de responsabilité, notamment dans l’armée et la police. Mais c’est un piètre stratège : après la défaite de Canope, en 1800, les troupes françaises rembarquent.

Cependant, l’expédition d’Egypte, malgré une fin peu glorieuse a laissé des traces profondes. La Description de l’Egypte publiée par Vivant-Denon est un succès. On fait des meubles à l’égyptienne, on s’habille à l’égyptienne, l’Europe redécouvre les pharaons, l’Egypte semble une terre promise, une terre du passé qui s’offre un bel avenir. Des Français venus avec Napoléon, certains resteront. D’autres vont émigrer en Egypte pour y poursuivre l’œuvre entamée. C’est que les Egyptiens ont découvert la tolérance des Français, notamment en matière de religion. Les Egyptiens sont devenus francophiles quand les Français devenaient " égyptomanes ". On a parfois le sentiment que cette histoire d’amour ne s’est jamais achevée.