La véritable histoire d'un bateau de légende
Le développement de l’Egyptologie
[1820-1860]
Dès les années 1830, au centre de l’Angleterre, un ébéniste baptiste lutte contre le grand fléau de l’époque : l’alcoolisme. Thomas Cook a
eu une idée : pour enlever les ouvriers aux pubs et bouges où ils passent leur dimanche, il faut utiliser une toute nouvelle invention, le
chemin de fer. Les excursions dominicales de Cook sont un vrai succès. Peu à peu, il développe son réseau, ajoute au chemin de fer les
bateaux à vapeur, puis élargit son champ d’action à l’Europe, notamment la Suisse et la Côte d’azur. Cook crée l’annuaire des chemins de
fer, produit des guides touristiques, bref, il invente le tourisme moderne.
L’un des produits-phare de Cook est le Grand Tour qui mène les Britanniques dans toutes les contrées " pittoresques " d’Europe : Suisse,
France, Italie, Grèce. Certes, nous sommes bien loin du prolétariat en péril des premières années et les voyages de Cook sont nettement
positionnés en haut de gamme. En 1860, Thomas Cook associe son fils John Mason à son entreprise qui devient " Thomas Cook and son ". John
a une vision beaucoup plus large du tourisme que son père. Sous son impulsion, la firme va prendre une dimension planétaire. John Mason
Cook guigne l’Egypte : les Anglais y sont bien implantés et les richesses touristiques nombreuses.
Le décor était planté : un pays millénaire, à la mode, une structure rodée, des clients potentiels. La pièce allait pouvoir se jouer.
Vivant-Denon a eu des successeurs, notamment français. En 1822, Champollion a réussi à déchiffrer les hiéroglyphes. Il ne fera son premier
voyage en Egypte qu’en 1828, s’extasiant partout de l’efficacité de sa méthode Mais tous les savants ne sont pas des anges. Le consul
italien Drovetti organise le pillage des plus beaux sites. Il existe un vrai marché des antiquités égyptiennes, soutenu par les plus
grands musées d’Europe. Le boom économique aggrave les choses : pour construire, on brûle les pierres des temples dans les fours à chaux.
La méthode est assez simple : sculpté, ça part en Europe, non sculpté, ça part dans le four.
En 1850, un petit bibliothécaire français débarque à Alexandrie. Auguste Mariette, fou d’archéologie, sera le créateur du Service des
Antiquités Egyptiennes. Mariette est plus égyptien que les Egyptiens eux-mêmes. Il édicte des règles sévères, crée les autorisations de
fouilles, punit les pilleurs de tombes. Son credo est simple : le patrimoine égyptien doit rester en Egypte. Il a fort à faire : un
Anglais peu délicat est allé jusqu’à enivrer à mort les moines d’un couvent copte pour piller la bibliothèque de tous ses manuscrits
pendant que les saints hommes cuvaient leur whisky.
Aussi, en 1858, Mariette reçoit-il le titre de Directeur de l’Archéologie, la distinction de Pacha et les pleins pouvoirs, avec une
milice pour l’aider à se faire respecter. Mariette crée à Bulaq le premier Musée Archéologique du Caire qui préfigure l’actuel Musée dont
le fronton rend hommage à son œuvre.
Mariette entame alors une politique de dégagement et de restauration des plus grands sites : Karnak, Luxor, Philae, Abu Simbel sont en
travaux. On relève les plans, on dégage les éléments, on cherche à restituer les splendeurs passées.