La véritable histoire d'un bateau de légende

Sommaire

La campagne d’Egypte
[1798-1800]


Le règne de Méhémet-Ali
[1800-1847]


Le développement de l’Egyptologie
[1820-1860]


Le Canal de Suez
[1869-1880]


L’ère Cook du voyage sur le Nil
[1877-1950]


Une croisière sur le Nil à la Belle Epoque

Le Sudan redécouvert par Voyageurs du Monde
[2000…]



Louxor

Le règne de Méhémet-Ali
[1800-1847]


Le départ des Français laisse l’Egypte dans les désordres : les Mamelouks, partiellement discrédités par leurs défaites, ne tiennent plus le pays. Un jeune général albanais, Méhémet Ali, va mettre de l’ordre de manière expéditive : au cours d’un banquet, il empoisonne les chefs mamelouks, puis se fait nommer gouverneur (pacha) par Istanbul. Drôle de personnalité que ce nouveau pacha : musulman du bout des lèvres, il a été fasciné par l’organisation napoléonienne et va s’attacher à poursuivre l’œuvre française. Il va s’entourer d’ingénieurs français et poursuivra toute sa vie une politique d’amitié avec notre pays.

Un homme pourrait symboliser cette époque : Joseph-Anthelme Sève est lyonnais. Marin à Trafalgar, puis sous-officier dans l’armée napoléonienne, il apparaît dans l’histoire de l’Egypte avec le grade de colonel, chargé de diriger une expédition à la recherche de mines de charbon. Il va très vite revenir à ses premières amours et réorganise l’armée que Méhémet-Ali veut mettre en place. En 1820, il crée une Ecole d’Infanterie et le pacha l’élève à la dignité d’Aga. Il se convertit à l’Islam et se fait appeler Soliman Aga. Le pacha le charge en 1824 de créer une école d’officiers à Assouan et crée un corps spécial de 500 mamelouks dont il a le commandement. De son côté, Méhémet-Ali devient khédive, c’est à dire vice-roi d’Egypte et pacha à vie. Son pouvoir est total.

L’ascension de Soliman va se poursuivre : en 1824, il est élevé à la dignité de bey. Mais il n’est pas le seul. Le docteur Clot, français également, organise le service de santé égyptien : lui aussi a été nommé bey. Pratiquement tous les grands ingénieurs égyptiens sont français et polytechniciens : Louis Linant de Bellefonds, Charles Lambert, Louis Jumel sont chargés des grands travaux du Khédive : les ports sont agrandis, des projets de canaux et de barrages voient le jour. Le grand défi, c’est l’utilisation des eaux du Nil.
Un autre polytechnicien réorganise la marine égyptienne : Lefébure de Cerisy est nommé en 1829, ingénieur naval en chef. Il réorganise l’arsenal d’Alexandrie et surtout crée l’arsenal de Bulaq, au nord du Caire. Pratiquement toute la marine égyptienne est dirigée par des marins français, comme J. Besson, vice-amiral de la flotte. Lefébure de Cerisy s’occupe de formation : des artisans français viennent enseigner aux Egyptiens la voilerie, la charpente de marine. On considère qu’en 1840, plus de 5000 ouvriers confirmés travaillent dans les chantiers navals égyptiens. En 1831, l’Egypte lance le Misr, bateau de 120 canons monté par 1000 hommes d’équipage. La marine égyptienne domine la Mediterranée orientale. En 1839, La Turquie accorde à Méhémet-Ali le khédivat héréditaire. Aux yeux de l’Europe, l’Egypte est un modèle de développement moderne. Soliman, nommé pacha en 1833, est le symbole de la coopération franco-égyptienne. Flaubert lui rend visite et sa fille, Nazli, épousera le roi Fouad et sera donc la mère du roi Farouk.

Un premier barrage sur le Nil, à Esna, est construit en 1847, premier pas vers une régulation du fleuve. Les polytechniciens sont partout : il faut dire que l’Ecole polytechnique est alors un vrai nid de saint-simoniens et l’Egypte leur semble un terrain exceptionnel pour mettre en œuvre leurs idées sur le développement des sociétés. Les premiers projets de percement du Canal de Suez voient le jour.

La première ligne de chemin de fer est ouverte en 1857 entre Le Caire et Alexandrie. Les communications sont une priorité pour le Khédive. Alors qu’Alexandrie se spécialise dans les navires de haute mer, Bulaq construit des bateaux fluviaux, notamment des canges à vapeur, sorte de chalands plats pour le transport des marchandises. L’Egypte est alors un vaste chantier mais les matières premières manquent cruellement : acheter du bois en Turquie est une priorité pour Lefébure de Cérisy et ses successeurs. Il en résulte des retards, des atermoiements. La première ligne régulière entre Le Caire et Assouan n’ouvrira qu’à la fin des années 1850. C’est un impératif pour le gouvernement égyptien qui a conquis le Soudan et cherche à se structurer le long du Nil.