La véritable histoire d'un bateau de légende
Le Sudan redécouvert par Voyageurs du Monde
[2000…]
Farouk abdique en 1952 sous la pression de l’armée. En 1954, un homme se détache du lot : le colonel Gamal abd-el Nasser prend le pouvoir.
Nasser ne revient pas sur les nationalisations, au contraire : il en rajoute et nationalise le Canal de Suez, symbole s’il en est de la
présence occidentale.
L’ère Nasser ne sera pas favorable au tourisme. L’homme fait peur. Ses prises de position politiques, sa volonté d’être l’un des leaders
du Tiers-Monde, son opposition aux Occidentaux effraient. Il entraîne l’Egypte dans deux guerres contre Israël, le Moyen-Orient est une
poudrière dont la mèche est en Egypte.
A sa mort, en 1970, il et remplacé par Anouar-al Sadate. Brusquement, la situation se débloque et l’Egypte redevient une destination
touristique prisée.
Mais en Occident, le tourisme s’est modifié. L’avion a changé la donne et le tourisme n’est plus réservé à une élite. Dernier bateau de
la Belle Epoque à flotter sur le Nil, le Sudan n’est plus adapté. On lance des bateaux, plus modernes, plus grands. Toutes proportions
gardées, cette flotte nouvelle est au tourisme égyptien ce que furent, à la même époque, les monstres hôteliers de béton de la Costa
Brava ou du Languedoc.
Le Sudan reste à quai. Il faudra attendre la fin du XXème siècle, cent ans après sa mise à l’eau à Boulaq pour qu’il retrouve sa
splendeur. Rénové, modifié, discrètement modernisé et adapté, le Sudan vogue à nouveau. Avec le Winter Palace et l’Old Cataract, il reste
le dernier témoin de l’âge d’or du tourisme égyptien.
Le Sudan, redécouvert par Voyageurs du Monde
10 Aout 2000 : deux " rêveurs " embarquent à bord d'un vol Egyptair à destination de Luxor. Ils commercialisent des voyages et ont pour
objectif de lancer une croisière de charme sur Nil. Mission première : trouver un bateau ! 40 navires préalablement sélectionnés seront
visités en 2 jours : en vain ! Aucun ne correspond au concept recherché. Trop grand, trop lourd, trop neuf, trop laid…. Nos compères font
grise mine.
13 Août 2000 : dîner au Caire avec un armateur égyptien, les 2 amis expliquent leurs déboires, l'armateur propose une ultime visite, mais
l'heure est tardive (1h30 du matin) et le décollage pour Paris est prévu le matin même. La visite sera donc nocturne.
2 h 15 du matin : les deux associés découvrent une quasi-épave flottant sur un quai désaffecté. Dans les faisceaux des lampes torches
apparaît un nom sur la calandre de la roue à aube : "S/S Sudan". Visite rapide.
" - Il est incroyable ce bateau, il correspond à ce qu'on recherche, on y va ?
- T'es dingue c'est une épave.
- Bof, pas tant que ça. OK, il est vieux et sale. Regarde le bois, c’est du teck, ça se rénove… Essaye de l’imaginer refait, repeint, ciré, meublé.
- Tu crois vraiment ? Et le moteur, il fonctionne encore ?
- Un moteur, c’est qu’un moteur. Je suis sûr que ça se répare.
- Il a quel age ce bateau ? "
L'armateur : " Une centaine d'années, on y a tourné certaines scènes du film Mort sur le Nil.
- C’est bien, il a une histoire. Mais tu te sens de le rénover ?
Ici ? En Egypte ?
- Si c'était une maison je te dirais tout suite que j'en suis certain. Un bateau, j’ai jamais fait. Faut voir le coût ".
3h30 du même jour : une étude de faisabilité coûts/délais est décidée.
Un audit complet sera réalisé par un ingénieur naval. Verdict : " C'est compliqué mais c'est faisable! Il faudra usiner certaines pièces
du moteur, une bielle notamment est en mauvais état et il faudra la refaire. La coque n'a pas souffert et c'est l'essentiel."
Il faudra six mois de travaux. Les boiseries sont rénovées. L’optimiste avait raison, le teck ne souffre jamais en profondeur. Un peu de
chine dans les souks du Caire pour retrouver des meubles d’époque, beaucoup de documentation sur les photos anciennes pour les détails
de décoration et cuivres, bois, porcelaines retrouvent leur lustre. Les ouvriers égyptiens s’en donnent à cœur joie : ils rénovent une
partie de leur histoire.
Printemps 2001 : La machine à vapeur fait ses premiers tours et la roue à aubes brasse à nouveau les eaux du Nil: le Sudan renaît. Il va
revoir ses vieux amis, le Winter Palace et le Old Cataract. Madame Christie ne montera plus à bord, mais on ne peut s’empêcher d’y
chercher l’ombre d’Hercule Poirot. Les bus ont remplacés les ânes pour les visites, la croisière est amputée du tronçon Le Caire / Luxor,
mais l'émotion reste intacte. Une croisière sur le Sudan n'est pas un voyage comme les autres.